Bitcoin en 2021 : Usage, institutions et narratif (2/3)

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Dans une large mesure, les seuls points qui comptent vraiment pour mesurer le succès de Bitcoin sont l’usage qui en est fait et ce qu’en pensent décideurs et prescripteurs. Or l’usage de Bitcoin ne fait qu’augmenter et se démocratiser, tandis que l’année 2020, aux Etats-Unis au moins, s’est caractérisée par un changement de narratif très positif à l’endroit de Bitcoin.


Usage en hausse

Le 5 février 2020, Bitcoin franchissait le cap symbolique de 500 millions de transactions enregistrées sur sa blockchain depuis l’origine. En volumes, le seuil de 10.000 milliards de dollars transférés via le réseau Bitcoin depuis sa création vient d’être atteint (selon différentes analyses, ici et ). C’est tout à fait considérable, s’agissant d’un réseau décentralisé et sans organe de contrôle : pas la moindre once de cet argent n’a utilisé de réseaux bancaires pour circuler d’un point à un autre.

(Montants cumulés transférés via Bitcoin)

Par ailleurs, le nombre d’utilisateurs de Bitcoin ne fait que croître, et de façon significative. En fait, tous les indicateurs statistiques portant sur le nombre d’adresses Bitcoin utilisées ont atteint des records en 2020.

Le nombre d’adresses Bitcoin “quotidiennement actives” a doublé en 2020, tandis que le nombre d’adresses abritant au moins 0,01 BTC s’est accru de 700.000, pour avoisiner 3 millions d’adresses (du jamais vu).

Entre 2015 et 2020, le nombre d’adresses Bitcoin abritant au moins 1 BTC a également plus que doublé, pour atteindre son plus haut historique : près de 800.000 adresses.

Début décembre 2020, près de 33 millions d’adresses Bitcoin abritaient une valeur non nulle (on peut noter aussi que le même chiffre était de 50 millions pour Ethereum). C’est là aussi un plus haut historique.


Monnaie ou pas

Reste à savoir à quoi sont utilisés les bitcoins. Ce qui me paraît le plus important est d’estimer si oui ou non Bitcoin s’impose peu à peu comme une monnaie. Le sujet est complexe mais on peut trouver des éléments de réponse.

En novembre 2020, PayPal permet à ses utilisateurs américains de créditer leur compte en Bitcoin, Ethereum, Litecoin et Bcash. S’agissant de plus gros système de paiement numérique au monde, adopté par 26 millions de marchands en ligne, cela marque un tournant majeur dans l’histoire des crypto-monnaies.

Comme l’expliquait alors le PDG de PayPal : “Le passage aux monnaies numériques est inévitable et présente des avantages évidents en termes d’inclusion et d’accès financiers, d’efficacité, de rapidité et de résilience des systèmes de paiement”. En somme, PayPal vient “d’adouber” les crypto-monnaies, Bitcoin en tête, comme vecteur d’avenir du paiement et du commerce en ligne.

Pour autant, PayPal n’a fait qu’entériner une évolution déjà constatée depuis plusieurs années.

BitPay, un seul des processeurs de paiements Bitcoin, dépasse chaque année depuis 2017 un milliard de dollars de transactions en crypto-monnaies. On parle là uniquement d’achats, de donations, de règlements de factures. Et Bitcoin représente près de 80% de ces paiements (novembre 2020).

Evidemment, les montants globaux restent faibles par rapport aux paiements par cartes bancaires par exemple. Mais la croissance est toute autre. Coinbase, autre processeur de paiements Bitcoin (via son offre Coinbase Commerce destinée aux marchands) a géré pour 135 millions de dollars de paiements en crypto-monnaies en 2019 — une progression de 600% par rapport à l’année précédente.

Dans la vraie vie, des dizaines de milliers de commerces acceptent déjà Bitcoin. Le site Coinmap n’en recense qu’une partie (puisqu’il faut s’y déclarer pour y apparaître) mais en liste tout de même plus de 18.000. Au passage, on notera le retard français en la matière, particulièrement bien visible :

(Commerces et distributeurs Bitcoin en Europe)


Signaux forts

A cela s’ajoutent des signes clairs montrant que Bitcoin s’impose dans les esprits et les usages. Rien qu’au cours de ces derniers mois :

Aux Etats-Unis, la American Cancer Society, l’un des principales ONG de lutte contre le cancer, existant depuis plus d’un siècle, accepte désormais les donations en Bitcoin. En juillet 2020, le barreau de Washington, emboitant le pas à d’autres états, estime que les avocats peuvent accepter d’être payés en bitcoins pour leurs services. Dans le Nevada, Vegas Auto Gallery, un concessionnaire de voitures de luxe qui accepte les paiements en Bitcoin, constate que 3 à 5% de son chiffre d’affaires est désormais réalisé en crypto-monnaie. Et pour rester dans l’univers Las Vegas, IGT, l’un des leaders mondiaux des machines à sou, vient d’annoncer sa transition vers les crypto-monnaies. Joli symbole : des machines jadis uniquement utilisables avec des pièces de monnaies s’adaptent elles aussi à Bitcoin.

Au Japon, Rakuten, géant japonais de la distribution et du commerce en ligne, souvent présenté comme “le Amazon japonais”, permet maintenant à ses clients de convertir leurs points de fidélité en bitcoins.

Au Vénézuela, les restaurants Burger King, 2e chaine de fast-food mondiale, ont commencé à accepter Bitcoin. Tout comme la chaîne de supermarchés Excelsior Gama (en octobre 2020), ou encore le centre commercial Rattan en novembre.

En Autriche, en juillet 2020, le premier opérateur de téléphonie du pays A1 Telekom intégrait les crypto-monnaies à son service de paiement mobile, autorisant les marchands à accepter Bitcoin, Ethereum et Dash.

En Suisse, la ville de Zoug autorise depuis 2020 le paiement des impôts via Bitcoin et Ethereum (une possibilité déjà offerte dans plusieurs états américains, notamment). Même démarche à Zermatt, station de ski réputée et l’une des villes les plus touristiques du pays. L’adoption du principe par les citoyens semble lente, mais l’expérience est reconduite en 2021.

En France, où l’adoption de Bitcoin est la plus faible d’Europe, de grandes enseignes commencent malgré tout à l’accepter, par exemple via la solution française EasyWallet, ou comme le fait la plate-forme de livraison de repas Just Eat depuis septembre dernier.

Ce n’est là qu’une brève sélection d’actualités dans l’univers Bitcoin. Mais elle montre qu’on est déjà loin des “signaux faibles” relatifs à l’usage de Bitcoin pour le commerce et les règlements.

D’ailleurs, une étude menée en avril 2020, auprès de 3000 personnes majoritairement familières des crypto-monnaies, indiquait que 35% des répondants estiment que l’usage principal de Bitcoin est le paiement en ligne et les achats, contre 24% pour la spéculation à court terme et 23% pour un investissement à long terme.

Contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, Bitcoin n’est pas juste un outil de spéculation financière, mais bel et bien un moyen d’échange de valeur.

De fait, Bitcoin est de plus en plus utilisé comme une monnaie.


Intérêt institutionnel et changement de narratif

On l’a beaucoup dit, 2020 aura été marqué par des investissements pharaoniques en bitcoins menés par de gros acteurs de la finance.

Pour n’en citer que quelques-uns, Grayscale a acheté pour un milliard de dollars de bitcoins en novembre 2020 et MicroStrategy en a acheté pour 1,3 milliards de dollars entre août et décembre 2020. La société d’assurances Mass Mutual Life Insurance a acquis pour 100 million de dollars en Bitcoin en décembre, tandis que la société d’investissement britannique Ruffer Investment en achetait pour 744 millions de dollars le même mois…

Le moins qu’on puisse dire est que cela témoigne d’un vrai “intérêt institutionnel” pour Bitcoin.

Mais, tout aussi notable que les montants investis, on a pu constater durant l’année 2020 un net changement de narratif sur le sujet Bitcoin, notamment aux Etats-Unis.

Alors que le PDG de la banque d’affaires JP Morgan avait appelé Bitcoin une “fraude” en 2017, les analystes de la même banque estiment aujourd’hui que Bitcoin est bien “une monnaie alternative en concurrence avec l’or”, et que son cours pourrait atteindre 146.000$.

Beaucoup d’experts de la finance mondiale estiment que Bitcoin est un actif comparable à l’or, et qu’il pourrait même le remplacer. A commencer par BlackRock, plus gros gestionnaires d’actifs au monde (près de 8000 milliards de $), dont l’un des responsables déclarait en novembre 2020 : “Bitcoin est là pour durer. […] Est-ce que je pense que c’est un mécanisme durable qui pourrait dans une large mesure remplacer l’or ? Oui, je le crois”.

Skybridge, qui vient de créer un fonds d’investissement en Bitcoin, explique lui, de façon détaillée, comment “Bitcoin est meilleur que l’or pour jouer le rôle de l’or”.

(Bitcoin, nouveau chouchou de Wall Street)

J’ai toujours eu un peu de mal avec l’analogie “Bitcoin est le nouvel or”, qui me paraît limitée, mais ce changement de narratif est néanmoins très clair. Pour Wall Street, Bitcoin s’impose désormais comme une évidence.

Comme le résume le PDG du cabinet d’analyse Coinshares : “Auparavant, un gestionnaire d’investissements risquait sa carrière en ajoutant du Bitcoin à son portefeuille institutionnel. Aujourd’hui, c’est le contraire : ne pas avoir de bitcoins dans son portefeuille, c’est risquer sa carrière. C’est une évolution vraiment impressionnante”.

Et ce discours n’est pas limité aux financiers. Peu après avoir été élue en 2020 au Sénat américain, Cynthia Lummis, républicaine, accordait une interview à Bitcoin Magazine où elle se montrait très positive vis à vis de Bitcoin et assurait vouloir en faire la promotion. Elle expliquait par exemple vouloir “aider les autres sénateurs à comprendre Bitcoin”, “empêcher une réglementation fédérale”, “laisser chaque état innover sur sa politique Bitcoin”.

Même le maire de Miami s’est mis à parler de Bitcoin, estimant que c’était un “investissement stable dans une époque d’instabilité”, et demandant qu’on lui suggère de bonnes sources d’information sur le sujet.

Tout cela indique deux choses : non seulement Bitcoin fait désormais partie du paysage de Wall Street, mais il est pris très au sérieux, y compris par des responsables politiques. Aux Etats-Unis, beaucoup semblent avoir compris que Bitcoin est incontournable — et même une voie d’avenir.

Evidemment, on ne constate pas la même maturité d’analyse en France, où Bitcoin demeure largement méconnu et son importance sous-estimée.

Ici, il est encore courant de lire des articles d’une médiocrité confondante, alignant poncifs et superficialités, tandis que de grands médias s’échinent à ne donner qu’une vision négative de Bitcoin.

En France fin 2020, un ancien ministre de l’économie, possible candidat à la présidentielle de 2022, semble ne rien connaître aux crypto-monnaies, jusqu’à ne pas savoir prononcer correctement le mot “Bitcoin” (devenant “Bigne-coin”). Au même moment, ailleurs, un journaliste économique peut encore prétendre, à la TV et sans s’étouffer, que “Bitcoin reste une monnaie virtuelle essentiellement utilisée sur Internet, sur le darknet notamment”.

Et en 2021, un rédacteur en chef d’une revue financière peut déverser un torrent d’inepties sur Bitcoin, évoquer un krach haussier ou assurer qu’on pourrait créer des crypto-monnaies “en gravant des galets d’Etretat”.

Mieux vaut en rire.

A suivre : 3/ L’avenir de Bitcoin

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