Bitcoin en 2021 : Dominance, écosystème et cours (1/3)

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Bitcoin fête ses 12 ans ce 3 janvier 2021. L’occasion de faire un point sur le chemin parcouru par la principale crypto-monnaie mondiale, avec une série en trois billets.

Bitcoin, imposant leader mondial

Quand j’ai démarré ce blog en 2014, Bitcoin représentait 4 milliards de dollars. Il pèse aujourd’hui plus de 600 milliards de dollars. Au plan purement financier, c’est évidemment une croissance spectaculaire (x150 en 6 ans !). Mais il est tout aussi notable que Bitcoin n’a jamais perdu son statut de leader, dans un univers crypto pourtant en pleine expansion.

Les crypto-monnaies représentent un gâteau de plus de 850 milliards de dollars – et Bitcoin s’en adjuge toujours les deux tiers (tout au long de l’année 2020, la “dominance” de Bitcoin a rarement été inférieure à 60%, et elle est aujourd’hui de plus de 70%).

A lui seul, Bitcoin pèse donc deux fois plus que l’ensemble des 8000 autres crypto-monnaies réunies – et 6 fois plus que la 2e crypto-monnaie mondiale, Ethereum.

Ce fait n’est sans doute pas relevé à sa juste importance. Il est rare, sur n’importe quel marché, que le premier entrant conserve son statut de leader pendant aussi longtemps. Et ce malgré l’existence de milliers de concurrents potentiels, dont certains portés par de solides équipes ou avantagés par d’immenses levées de fonds.

Souvent copié, jamais égalé

Le point précédent est d’autant plus vrai que de nombreuses initiatives ont directement attaqué Bitcoin et même cherché à le remplacer.

Comme je l’avais déploré en 2018, plus de 40 projets plus ou moins foireux, notamment Bitcoin Cash, ont essayé de ”voler Bitcoin” en dupliquant son code, en s’appropriant son nom et son logo, et en clamant sur tous les toits qu’ils étaient le ”vrai Bitcoin” tout en prédisant sa mort imminente. Toutes ces tentatives, pourtant alimentées par d’énormes budgets et la connivence de plusieurs gros acteurs de l’industrie Bitcoin, ont échoué.

Il subsiste essentiellement deux de ces projets, BCH et BSV. Tous deux sont plombés par des dissensions internes et sont marginaux dans l’univers crypto.

L’ampleur de cet échec est éclatant lorsque l’on considère le cours de BCH, le principal clone de Bitcoin, contre la monnaie qu’il entendait remplacer (BTC) :

Janvier 2018 : 1 Bitcoin (BTC) = 4 BCH
Janvier 2020 : 1 Bitcoin (BTC) = 25 BCH
Janvier 2021 : 1 Bitcoin (BTC) = 87 BCH

Edifiant, non ?

L’usage de ce faux Bitcoin (ou d’autres) est lui aussi négligeable : Bitcoin tourne entre 300.000 et 400.000 transactions par jour, quand BCH dépasse rarement 20.000 transactions quotidiennes depuis plusieurs mois. Il y a d’ailleurs tellement peu de transactions en BCH que même une anomalie début 2020, qui a bloqué sa blockchain pendant cinq heures, n’a eu aucun impact sur la file d’attente des blocs. En somme, personne n’utilise Bcash.

L’autre clone, BSV, est encore plus anecdotique. Et en plus ridiculisé par la personnalité de son créateur Craig Wright, embourbé dans un imbroglio juridique pour tenter de prouver, sans y parvenir évidemment, qu’il est le créateur originel de Bitcoin, Satoshi Nakamoto. Plutôt pathétique.

Au final, tout cela montre la très forte résilience du seul et unique Bitcoin, qui résiste très bien à toutes ces attaques directes.

Il n’y a qu’un seul Bitcoin — et il paraît plus que jamais indétronable.

Un réseau et un écosystème en essor constant

Alors que tout le monde se focalise aujourd’hui sur la valeur d’un bitcoin en dollars ou en euros, on oublie l’essentiel. La véritable valeur de Bitcoin tient à deux choses : la sécurisation sans faille de son réseau, et l’écosystème qui s’est spontanément formé autour de lui.

Le réseau Bitcoin n’a jamais été piraté et il fonctionne sans interruption depuis son origine, avec un “uptime” de 99,98%. On compte plus de 11.000 noeuds formant le réseau Bitcoin, et ce nombre a quasiment doublé en 5 ans.

On ne le dit pas assez : quel que soit son avenir, Bitcoin restera sans doute, avec Linux et Mozilla/Firefox, l’une des plus grandes réussites de l’OpenSource et du logiciel libre. Grâce aux efforts de centaines de développeurs, le code qui fait fonctionner Bitcoin est fiable et s’améliore constamment. Bitcoin est d’ailleurs presque toujours dans le Top 3 des crypto-monnaies les plus actives sur Github, la plate-forme OpenSource où est publié son code. Les problèmes éventuels sont le plus souvent résolus avant qu’ils ne surviennent : par exemple, une vulnérabilité importante découverte en septembre 2018 (et jamais exploitée de façon malveillante) était corrigée dans la journée.

En matière d’écosystème, le chemin parcouru par Bitcoin est impressionnant.

On compte plusieurs centaines de bureaux de change (exchanges) dans le monde (CoinMarketCap en liste 308 à ce jour), dont la quasi totalité utilisent Bitcoin comme monnaie de base.

Il existe des centaines de porte-monnaies logiciels pour stocker des bitcoins. Et, alors qu’on comptait seulement deux ou trois porte-monnaies physiques (hardware wallets) il y a quelques années, on en dénombre une bonne vingtaine aujourd’hui.

Le nombre de distributeurs automatiques de Bitcoin (Bitcoin ATM, ou BTM) installés a été multiplié par trois en deux ans. On en compte aujourd’hui plus de 13.000 dans le monde.

Acheter ou échanger des bitcoins offline s’est considérablement démocratisé. En Suisse, on peut acheter des bitcoins dans tous les distributeurs de billets de trains de la SBB (la SNCF suisse). Aux Etats-Unis, on peut utiliser les convertisseurs de pièces de monnaies Coinstar, présents dans 20.000 supermarchés de quartier. En France, on peut en acheter dans plusieurs milliers de bureaux de tabac (et des solutions nouvelles apparaissent, comme CoinPlus, lancé en décembre 2020). En Grande-Bretagne, on peut désormais convertir des bitcoins en billets de banque dans 16.000 distributeurs de billets traditionnels.

A tout cela s’ajoute l’émergence des crypto-banques, des établissements proposant de coupler un compte bancaire classique (avec carte de paiement Visa ou Mastercard, IBAN, etc.) et un porte-monnaie Bitcoin et autres cryptos. Il en existe là aussi une bonne vingtaine (dont Wirex, qui compte plus de 3 millions d’utilisateurs et que je recommande depuis plusieurs années), et certaines commencent d’ailleurs à obtenir des licences bancaires en bonne et due forme.

L’écosystème qui s’est formé autour de Bitcoin (et des crypto-monnaies en général) est florissant et se caractérise par des milliers de start-ups, de services et de projets qui n’existaient pas il y a 10 ans.

C’est tout cela qui fait la force de Bitcoin.

Un cours toujours volatile

Contrairement à la quasi totalité de mes confrères et à l’immense majorité des “bitcoiners”, je ne parle que très rarement du cours de Bitcoin en monnaies fiat.

Je le répète depuis des années, être obnubilé par le trading, les cours et les analyses financières ne peut que nuire à Bitcoin. Et s’il est bien quelque chose que Bitcoin n’est pas, c’est une martingale pour devenir facilement riche. Si vous envisagez d’acquérir des bitcoins, ne le faites pas parce qu’on en parle dans les médias ou qu’on vous dit que son cours va exploser. Faites-le parce que vous comprenez ce qu’est Bitcoin, ses différences, ses avantages, et les bénéfices qu’il pourrait apporter au monde en s’imposant comme la première monnaie universelle et globale.

L’obsession compulsive (et parfois puérile) sur le cours de Bitcoin est à la fois injustifiée (tous les gens s’intéressant à Bitcoin ne sont pas des traders, ni même de simples “investisseurs”) et absurde (Bitcoin ne se résume pas à son cours en monnaies fiat, et ce cours importerait peu dans une économie 100% Bitcoin).

Peu de gens semblent le comprendre, mais tout l’enjeu de Bitcoin est résumé dans ce mème…

Ceci étant dit, pour l’instant au moins, le cours d’un bitcoin en monnaies traditionnelles importe encore. Et le fait que le cours d’un bitcoin ait atteint tout début 2021 son plus haut historique (34.000$, 28.000€) est évidemment très notable.

En pleine crise — sanitaire, sociale et économique — mondiale, la santé de Bitcoin est presque insolente. Et cela confirme que “Bitcoin vit sa vie”, de façon indépendante de ce qui se passe par ailleurs et en affichant une très forte résilience.

Comme toutes celles et ceux qui voient dans Bitcoin une réelle alternative aux systèmes traditionnels, je me réjouis de voir son cours augmenter et je suis ravi qu’on en parle. Mais je préférerais que ce soit pour de “bonnes raisons”. Le fait que de gros médias, qui n’ont jamais évoqué Bitcoin en 12 ans, en parlent tout à coup et uniquement parce que son cours s’enflamme est-il une bonne chose ? Je n’en suis pas sûr.

Il existe toujours, hélas, une forte spéculation sur le cours de Bitcoin, ce qui induit une forte volatilité. Je laisse à d’autres le soin d’analyser cette volatilité via de savants calculs, pour me contenter de relever ce qui me paraît être l’une des plus essentielles données financières relatives à Bitcoin : la valeur la plus basse atteinte durant l’année (Yearly Low).

Or, au fil des années, cette valeur n’a jamais baissé depuis la création de Bitcoin :

2015 – 185$
2016 – 365$
2017 – 780$
2018 – 3200$
2019 – 3360$
2020 – 5200$

Ca me paraît être une donnée capitale, même plus importante que le “plus haut historique” atteint par un bitcoin, car elle indique le prix plancher, donc la valeur minimale qu’on accorde à un bitcoin chaque année.

Je ne donne jamais ici de conseils d’investissement, et je n’aime pas faire de prédiction sur le cours de Bitcoin, mais je serais très surpris de voir à nouveau un bitcoin à moins de 15000$.

A suivre : 2/ Usage, institutions et narratif


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