Bitcoin a 10 ans – 10 mythes et mensonges sur Bitcoin

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Bitcoin fête aujourd’hui son 10e anniversaire, puisque sa blockchain a officiellement été lancée le 3 janvier 2009. L’occasion pour moi de publier une série de billets en forme de bilan tourné vers le futur.

Pour commencer, il me paraît utile de revenir sur les nombreuses contre-vérités qui subsistent sur le sujet Bitcoin. Critiquée, fustigée, raillée et mal comprise, la première crypto-monnaie mondiale fait hélas l’objet d’une couverture médiatique outrageusement négative. Pour ne prendre qu’un seul exemple, lire ce brûlot anti-Bitcoin publié par un banquier sur Le Temps – un ramassis de mensonges et simplifications éhontés. Il ne fait aucun doute que le ”vieux système” est en guerre contre Bitcoin, mais l’on peut pourtant facilement contrer les faux arguments avancés.

 

Mythe #1 : ”Bitcoin est compliqué à utilisER”

Pas du tout, et de moins en moins vrai.

Les mécanismes sur lesquels sont basés Bitcoin sont (très) complexes. Mais son utilisation ne l’est pas. Envoyer des bitcoins à quelqu’un ou effectuer un paiement revient lire un code QR ou faire un copier/coller d’une adresse. Cela prend quelques secondes et n’est guère plus compliqué qu’envoyer un email ou utiliser un réseau social. C’est d’autant plus vrai qu’il existe de nombreux porte-monnaies et services accessibles sur le Web ou sur mobiles, parfaitement simples et aux interfaces bien pensées.

Contrairement à ce que se plaisent à répéter les autorités de régulation (notamment la Banque de France, qui insiste lourdement sur le fait que Bitcoin est ”un crypto-actif réservé aux investisseurs avertis”), utiliser Bitcoin (et beaucoup d’autres crypto-monnaies) au quotidien est à la portée de n’importe qui, y compris des personnes très peu à l’aise avec les technologies numériques.

Essayez, vous verrez.

 

Mythe #2 : ”Bitcoin est opaque et anonyme”

Certainement pas. C’est même tout le contraire, et il est effarant de continuer à lire ça dans de  nombreux articles.

La totalité des transactions Bitcoin depuis sa création sont inscrites dans sa blockchain, où elles sont librement consultables par tous. Aucune autre monnaie ou aucun autre dispositif de paiement dans l’histoire mondiale n’ont jamais offert une telle transparence.

En outre, tous les développements relatifs à Bitcoin, donc le code informatique sur lequel il repose et fonctionne, est OpenSource et public.

Beaucoup de médias cherchent à faire croire que Bitcoin est une monnaie anonyme, plébiscitée par les criminels, ce qui est largement absurde. Bitcoin est assurément moins anonyme que les billets de banque, tandis que plusieurs autres crypto-monnaies (comme Monero ou ZCash) ont été créées uniquement pour offrir un réel anonymat financier, et masquer partiellement ou totalement toutes les transactions qu’elles permettent.

 

Mythe #3 : ”Bitcoin sert à blanchir l’argent sale”

Celui-là ne manque pas de sel.

Rien qu’en 2018, au moins deux banques traditionnelles résolument ”anti-Bitcoin”, accusant publiquement les cryptos d’être source potentielle de blanchiment d’argent, ont été impliquées dans des scandales majeurs de blanchiment, portant sur des sommes faramineuses – en dollars. L’un de ces scandales implique la banque danoise Danske Bank, accusée d’avoir blanchi plus de 300 milliards de dollars (!), une somme représentant les 2/3 du PNB du pays.

D’innombrables études ont montré que le blanchiment en cryptos était minime : rapport de 2015 en Grande Bretagne assurant que le risque de blanchiment en Bitcoin est ”minime”, ou cette autre étude globale de 2018 qui conclut que ”l’immense majorité des transactions Bitcoin ne sont pas illicites”, ou encore cette étude japonaise de 2018 qui établit que ”le blanchiment d’argent lié aux crypto-monnaies est une infime fraction du total selon le rapport des banques – 667 cas de blanchiment en cryptos contre 347.000 pour les monnaies classiques”.

Il est très clair que le blanchiment effectué en Bitcoin est insignifiant comparé aux banques (en bleu, l’argent blanchi via les banques, 2,7 milliards de dollars par jour…) :

Alors qu’il est constamment démontré que l’argent sale est massivement blanchi par des banques et des institutions opérant en dollars et euros, et ce depuis la nuit des temps, il est proprement scandaleux de continuer à associer Bitcoin au blanchiment.

 

Mythe #4 : ”Bitcoin n’est pas sécurisé et fait l’objet de piratages fréquents”

Ridicule. Bitcoin est parfaitement sécurisé et n’a jamais été piraté, en 10 ans d’existence.

Ah, Mt Gox… Quasiment impossible de lire un article sur Bitcoin qui ne mentionne pas le piratage de ce gros bureau de change en 2014. Sauf que cela n’a rien à voir avec la sécurité de Bitcoin. Là aussi, d’innombrables banques sont piratées ou victimes d’intrusion et l’on sait bien que tout ce qui est online peut être hacké. On se plait à mélanger des risques relatifs aux usages et aux services proposés autour de Bitcoin, avec une technologie qui est, elle, sans faille et particulièrement fiable.

Bitcoin, son réseau, son protocole et ses porte-monnaies les plus connus sont très sécurisés (au moins autant que des dispositifs bancaires classiques). Et quand une faille potentielle est détectée sur Bitcoin, comme ce fut le cas en septembre dernier, elle est corrigée dans la journée.

 

Mythe #5 : ”Bitcoin est une bulle, ou une pure valeur spéculative”

Si Bitcoin est une bulle, alors c’est une très longue bulle, qui dure depuis 10 ans.

Soyons sérieux. Des milliers d’entreprises ont été (et sont) créées autour de Bitcoin, des dizaines de millions de gens l’utilisent, et des centaines de personnalités de premier plan ont vanté les louanges de Bitcoin, qui a par ailleurs donné naissance à plus de 2000 autres crypto-monnaies et à une révolution industrielle (blockchain) qui concerne quasiment tous les domaines.

Il est vrai que beaucoup de gens spéculent sur le cours de Bitcoin. Je le regrette, mais c’est leur droit. Mais les gens, à commencer par les traders des salles de marché, spéculent sur tout, des valeurs immobilières au prix de la betterave. J’ai parfois l’impression en lisant la presse que Bitcoin a inventé la spéculation financière. Arrêtons avec ça.

Bitcoin répond à de véritables attentes et possède une véritable valeur d’usage. Il repose sur une technologie admirable, et le fait que l’appât du gain incite à la spéculation ne change rien à cela.

 

Mythe #6 : ”Bitcoin est un Ponzi”

Absurde et fatiguant.

Rien dans Bitcoin, ni son principe de fonctionnement, ni sa structure de gouvernance, et encore le moins le fait qu’il n’est le fruit d’aucune organisation ou entreprise, ne permettent de le caractériser comme un système de Ponzi. Il faut être très con mal informé ou ne rien comprendre à Bitcoin pour continuer à prétendre que c’est, de près ou de loin, un Ponzi.

Inutile d’en dire plus. Les lecteurs motivés pourront se référer au rapport très détaillé sur les Ponzis, publié en 2014 par la Banque Mondiale, et rédigé par Kaushik Basu (ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, professeur d’économie à l’Université Cornell, président de l’Association Economique Internationale de l’UNESCO, excusez du peu). Il y explique :

“Contrairement à une opinion largement répandue, Bitcoin n’est pas un système de Ponzi. Et il n’y a rien à en apprendre en le traitant de la sorte. La principale valeur de Bitcoin pourrait, rétrospectivement, tenir aux leçons qu’il offre aux banques centrales quant aux perspectives de monnaies électroniques, et à la manière d’améliorer l’efficacité et de réduire les coûts de transactions.”

 

Mythe #7 : ”Le cours de Bitcoin s’est effondré”

LOL.

A en croire beaucoup d’articles racoleurs, le cours de Bitcoin ne fait que s’effondrer… Certes, le prix de Bitcoin en monnaies fiat a connu en emballement fin 2017-début 2018, et la spéculation massive a engendré des baisses spectaculaires en 2018.

Mais il faut voir la ”big picture”, comme disent les anglo-saxons, et replacer ça dans le contexte. Jugez par vous-même. Voici, pour chaque année depuis 7 ans, le cours le plus bas atteint par Bitcoin contre le dollar (”yearly lows”) :
2012 – 4$
2013 – 65$
2014 – 200$
2015 – 185$
2016 – 365$
2017 – 780$
2018 – 3200$

Cela vous donne-t-il l’impression que le cours de Bitcoin s’effondre ?

On peut ajouter qu’un bitcoin ne valait rien il y a 10 ans, et vaut aujourd’hui près de 4000$, tandis que l’ensemble des bitcoins en circulation représente plus de 67 milliards de dollars – pas si mal pour une monnaie d’échange sans autorité de tutelle ni organisme de contrôle, ou pour un truc qui ”s’effondre”.

Comment cela peut-il évoluer ? Je ne donne pas ici de conseils d’investissement. Je ne suis pas économiste et je laisse à mes confrères le soin de noyer leurs lecteurs sous les analyses financières complexes à base de graphes et d’indicateurs financiers abscons. Je me contenterai de raisonner en pure logique et à base de bon sens. Il existe un nombre limité de bitcoins, le nombre d’utilisateurs de Bitcoin est en constante augmentation et l’adoption de Bitcoin (marchands, porte-monnaies, services) ne fait que gagner du terrain. En outre, Bitcoin est depuis toujours le principal point d’entrée pour acquérir d’autres crypto-monnaies, dont l’adoption ne fait que s’accroître également. Dans ces conditions, on voit mal comment son cours pourrait baisser à moyen ou long terme.

Au demeurant, pourquoi se soucier autant de la valeur de Bitcoin en monnaies fiat ? Cela semble être devenu une obsession médiatique pour jauger du succès de Bitcoin. Or cette valeur n’a d’intérêt que pour les gens qui font de trading, ce qui est l’usage le moins intéressant de Bitcoin. Dans une perspective où Bitcoin devient la principale monnaie d’échange mondiale, son cours dans les monnaies qu’il vise à remplacer est une donnée marginale. Etre obnubilé par le cours de Bitcoin, comme le sont beaucoup de médias et d’apprentis-traders, est absurde.

 

Mythe #8 : ”Bitcoin n’est pas une vraie monnaie”

Mais si.

C’est devenu un véritable cheval de bataille pour les détracteurs de Bitcoin, à commencer par la Banque de France, qui rejette même obstinément l’expression ”crypto-monnaie”. J’ai déjà présenté longuement de nombreux arguments montrant que Bitcoin est bel et bien une monnaie.

Le fait est qu’un nombre croissant de marchands, en ligne et physique, acceptent Bitcoin tout comme ils acceptent les euros et dollars. Bitcoin.fr tient à jour une liste de commerces français acceptant Bitcoin, tandis que je publie un fil d’actus qui suit l’évolution de l’usage et de la généralisation des cryptos dans le monde. Et 2018 a été marquée par des décisions très notables, comme la possibilité, dans plusieurs états américains (Floride, Ohio), de payer taxes et impôts en Bitcoin.

On lit aussi souvent que ”Bitcoin est le nouvel or”. Peut-être. Mais je n’aime pas cette analogie, qui me paraît très limitée.

En comparant Bitcoin à l’or, on suggère qu’il sert effectivement à stocker de la valeur, mais que celle-ci n’est pas très liquide. Si vous avez des lingots d’or ou des Napoleon sous votre matelas, il vous serait bien difficile de les envoyer en toute sécurité et sans aucun intermédiaire, en quelques minutes, à quelqu’un à l’autre bout du monde… On peut faire bien davantage de choses avec Bitcoin qu’avec des lingots d’or.

On peut facilement acheter des bitcoins en euros, on stocke soi-même ses bitcoins dans un porte-monnaie électronique, on peut envoyer des bitcoins d’un clic à n’importe qui, n’importe où, et l’on peut payer tous les biens et services imaginables avec Bitcoin. Si ce n’est pas une monnaie, qu’est-ce que c’est ?

 

Mythe #9 : ”Bitcoin est contrôlé par les Chinois”

Pas vraiment. Dire ça est au mieux une simplification extrême, au pire un mensonge.

Personne ne contrôle Bitcoin, qui est avant tout un protocole et un réseau d’échange libre, mis à la disposition de tous les citoyens du monde. C’est d’ailleurs tout l’intérêt (et la beauté) de Bitcoin, qui ne dépend d’aucune entreprise, organisation, gouvernement ou lobby, mais constitue une forme d’échange de valeur radicalement nouvelle, distribuée et auto-gérée.

Il est vrai que la majorité du minage Bitcoin, qui sert à valider les transactions du réseau, est effectué en Chine. Mais cela tend à s’amenuiser. Une étude récente (novembre 2018) indique que ”moins de 60% des entreprises de minage Bitcoin sont localisées en Chine”. Deuxièmement, dire que Bitmain, principal fabricant chinois de machines servant à miner, ”contrôle” Bitcoin est aussi absurde que dire que Intel ”contrôle” Internet ou ARM ”contrôle” les réseaux mobiles… Les mineurs ont de l’influence, mais Bitcoin se développe avant tout par l’usage et la modernisation de sa technologie. Plus il y aura d’utilisateurs de Bitcoin (et de marchands l’acceptant), moins le poids des mineurs sera important.

Du reste, du jour au lendemain, n’importe quelle entreprise dans n’importe quel pays du monde peut décider de miner du Bitcoin. La France, et ses nombreuses centrales nucléaires, aurait très bien pu s’intéresser au minage Bitcoin et en devenir l’un des leaders…

 

Mythe #10 : ”Bitcoin est anti-écologique”

Rien ne permet de l’affirmer, et l’on commence même à comprendre que c’est le contraire.

C’est devenu la principal argument contre Bitcoin. J’ai déjà longuement commenté cette thèse, en montrant que la litanie ”Bitcoin anti-écologique” repose pour l’essentiel sur les estimations grossières d’une seule personne, reprises unanimement par un grand nombre de médias, dans un affligeant désastre journalistique.

Concrètement, on ignore la consommation énergétique précise de Bitcoin. Connaît-on la consommation énergétique globale de l’email (et, pire, du spam) ? A-t-on une estimation précise du coût écologique global des smartphones ? Ou celui des vidéos de chats ?

Je ne m’étendrai pas ici sur le sujet, auquel j’entend consacrer un jour un billet détaillé. Pour l’heure, je me contenterai de citer cette étude, curieusement peu médiatisée, qui explique de façon détaillée pourquoi ”l’impact environnemental du minage Bitcoin est négligeable, et le restera”. On y lit :

”Il y a 85 millions de PlayStation 4, 40 millions de XBox One et 15 millions de Nintendo Wii U dans le monde. En considérant que ces consoles sont utilisées sur des TV LED de 40”,  pendant quatre heures par jour, on peut calculer que ces seuls systèmes de jeux utilisent plus d’électricité (4,9 GMW) que l’ensemble du minage Bitcoin (4,7 GW).”

Il me semble très clair que le poncif du ”Bitcoin anti-écologique” est avant tout le fruit d’une formidable campagne de désinformation. La bonne nouvelle est que la vérité finit toujours par émerger.

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