Méfiez-vous des imitations Bitcoin

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On trouve aujourd’hui de nombreuses copies de Bitcoin, dont certaines prétendent même être le “vrai” Bitcoin. Ce n’est pas le cas.

Histoire de forks

Beaucoup de crypto-monnaies sont créées par “fork” (fourche, en Français) : la nouvelle blockchain est identique jusqu’à un moment donné, puis se sépare pour devenir une blockchain indépendante et ainsi donner naissance à une nouvelle crypto-monnaie (je parle ici de “hard fork”, sans entrer dans les détails).

L’idée fait sens, puisqu’on s’appuie sur un existant (protocole, transactions passées) avant de diverger pour implémenter d’autres fonctionnalités et spécificités sur la blockchain initiale. Beaucoup de crypto-monnaies sont nées par forking : Litecoin était une fork de Bitcoin, avant d’être lui-même forké en bien d’autres crypto-monnaies, et ainsi de suite (le site MapOfCoins illustre de façon visuelle et instructive l’histoire des crypto-monnaies et des fourches successives).

Mener une fork est théoriquement simple : on duplique le code source du protocole initial (souvent OpenSource), puis il faut convaincre des mineurs de participer à la validation des transactions de la nouvelle chaîne, et convaincre des bureaux de change de lister la crypto-monnaie ainsi créée, afin qu’elle soit convertible en d’autres monnaies. Si tout cela est effectué, une nouvelle crypto-monnaie est née (et la loi de l’offre et de la demande établira son cours sur les marchés).

Pour l’utilisateur, le principe n’est pas déplaisant, puisqu’on peut récolter “de l’argent gratuit” : si vous possédez des bitcoins quand se produit une fork de Bitcoin, vous posséderez le même nombre de coins sur la nouvelle chaîne (en plus de vos bitcoins initiaux, qui ne sont nullement affectés). La récupération de ces nouveaux coins peut toutefois s’avérer difficile, voire impossible, selon l’endroit où étaient stockés vos bitcoins.

La jungle des faux-Bitcoin

Le problème est que beaucoup abusent du procédé – et le font sans vergogne.

On a vu ces derniers mois fleurir de nouvelles crypto-monnaies créées comme des forks de Bitcoin, utilisant le nom Bitcoin, et se présentant même parfois comme le véritable Bitcoin.

A ce jour, coexistent ainsi :
Bitcoin Atom (BCA)
Bitcoin Cash (Bcash, BCH)
Bitcoin Cash Plus (BCP)
Bitcoin Diamond (BCD)
Bitcoin Dark (BTCD)
Bitcoin Faith (BTF)
Bitcoin God (GOD, en toute simplicité)
Bitcoin Gold (BCG)
Bitcoin Pizza (BPA)
Bitcoin Planet (BTPL)
Bitcoin Private (BTCP)
Bitcoin Smart (BCS)
Bitcoin X (BCX)
Super Bitcoin (SBTC)

Et j’en oublie. A ce rythme, il y aura bientôt davantage de “Bitcoin Truc” que de bactéries sur la croute d’un camembert fermier.

Evidemment, la plupart de ces monnaies ont peu d’intérêt et peuvent être vues comme de simples tentatives de créer artificiellement de la valeur à partir de rien.

Et il est bon de rappeler que, malgré leurs noms, toutes ces monnaies alternatives n’ont rien à voir avec Bitcoin (à part l’origine de leurs blockchains) et sont incompatibles entre elles : si vous envoyez des “bitcoins xxx” à une adresse Bitcoin, vous les perdrez.

Le cas Bcash

Bcash (Bitcoin Cash) est un cas à part, car supporté par plusieurs figures très connues dans l’univers crypto et jouissant (apparemment) d’une considérable capitalisation de marché. Contrairement aux autres forks, il est aussi accepté par quelques plates-formes et marchands. Pourtant, de mon point de vue, Bcash est le pire des faux Bitcoin.

Il faut d’abord rappeler que la capitalisation de marché de Bcash est bidon. La plupart des sites l’affichent à la 4e place mondiale en capitalisation, du fait d’un simple calcul mathématique : le nombre de coins en circulation, multiplié par la valeur d’un coin. Or, comme pour toutes les forks, la récupération des coins attribués à chaque utilisateur n’est pas automatique. Elle dépend des services et porte-monnaies utilisés. Par exemple, le porte-monnaie Bitcoin GreenAddress, l’un des plus anciens, n’a jamais supporté cette fork (ni les autres) et donc nullement permis à l’usager de base de récupérer les bcash dont il est théoriquement propriétaire (c’est d’ailleurs mon cas : je suis en principe propriétaire de bcash que je n’ai jamais récupéré).

En conséquence, bon nombre des coins qui sont théoriquement en circulation sur le réseau “Bitcoin Cash” n’existent pas, n’existeront jamais, et ne seront jamais utilisés.

Il est difficile d’estimer quelle part des coins Bcash existent réellement, mais entre le fait que tous les portes-monnaies n’ont pas permis de les obtenir, le fait que certains utilisateurs qui pourraient les obtenir ne savent pas qu’ils le peuvent, et le fait que pas mal de gens ont perdu leurs Bcash en les envoyant à une adresse Bitcoin, il est raisonnable de penser que la capitalisation réelle de Bcash est très inférieure à ce qu’on voit

Deuxièmement, tout dans la démarche de ce projet est déplaisant, et même méprisable. On a choisi un nom volontairement le plus proche possible de Bitcoin, on en a copié le logo, on s’est emparé de Bitcoin.com et l’on clame sur tous les toits que “Bitcoin Cash est le vrai Bitcoin”, tout en semant la confusion dans les esprits.

Soyons clairs. Bcash est un fork de Bitcoin, mais n’est pas Bitcoin, juste une crypto-monnaie comme il en existe 1586 autres. BCH est “un coup”, une sorte d’OPA sur Bitcoin, fomenté par Roger Ver avec la complicité de quelques mineurs chinois, pour tenter de s’accaparer Bitcoin. Le lancement de Bcash s’est d’ailleurs accompagné d’une manipulation de marché sans précédent, assortie d’une campagne de propagande visant clairement à endommager Bitcoin (et endommageant au passage l’image globale des crypto-monnaies).

Tout cela est détestable. Si Bitcoin était une entreprise, protégée par des brevets et marques déposées, Roger Ver et ses acolytes auraient été immédiatement traînés en justice comme de vulgaires malfrats tentant d’usurper une marque et de s’accaparer (maladroitement) sa valeur. Pour l’heure, quelques figures de l’industrie rappellent que Bitcoin Cash n’est pas Bitcoin, tandis qu’une action collective est menée aux Etats-Unis contre les pratiques douteuses de Bitcoin.com, qui pourrait se traduire par un procès.

Je n’ai rien contre le principe de fork, qui est inscrit dans l’ADN des crypto-monnaies. Mais le moins qu’on puisse en attendre est un peu d’humilité, de justice et de respect pour le travail accompli sur Bitcoin, qui a donné naissance à la première monnaie globale de l’histoire, et engendré une vaste révolution industrielle que sont les blockchains.

Analogies

Toutes ces initiatives et ces forks m’évoquent aussi le milieu des années 1990. A l’époque, on vivait le formidable essor d’un truc qui s’appelait le World Wide Web. C’était libre, gratuit et bardé de promesses. Personne ne possédait le Web qui n’était, au fond, qu’une collection de protocoles libres et ouverts mise à disposition de la communauté mondiale, pour y développer mille et une applications.

C’est alors qu’apparurent des concurrents du Web. Ils s’appelaient Compuserve et AOL aux Etats-Unis, Infonie en France. Tous promettaient un “meilleur Web”, et n’hésitaient pas à axer leur communication en fustigeant le véritable Internet : trop lent, non contrôlé, pas pratique. Tous avaient pour ambition de “tuer le Web”. Et plusieurs devinrent de véritables poids lourds, pesant des milliards de dollars et disposant de dizaines de millions d’utilisateurs.

Pour sûr, tous ces services offraient à peu de choses près les mêmes fonctions que le Web, souvent de façon efficace : messagerie, forums, diffusion de contenus multimédia, via des interfaces bien léchées et affriolantes. Mais avec une (grosse) différence : ils étaient tous des services purement privés et propriétaires, ne reposant pas vraiment sur des solutions ouvertes et, surtout, créés et exploités par des entreprises commerciales.

Les uns après les autres, tous ces services voulant remplacer le Web ont disparu. Ils ont été balayés. Et c’est bien le Web qui s’est imposé, comme un dispositif universel d’échange d’information, transformant notre monde en profondeur.

Si je suis bien convaincu que coexisteront de multiples crypto-monnaies, celles qui s’imposeront ne seront pas de pâles copies de Bitcoin, principalement motivées par l’appât du gain et la spéculation. Seules des monnaies apportant de réelles innovations et des valeurs d’usage distinctes surnageront. Et elles ne remplaceront pas Bitcoin, brique de base de l’univers des crypto-monnaies.

Irremblaçable Bitcoin

Car n’est pas Bitcoin qui veut.

Toutes ces forks, toutes ces tentatives pas toujours très malignes pour dupliquer/remplacer Bitcoin (et surfer sur son succès) oublient un point clé : la valeur de Bitcoin ne tient pas uniquement à son nom.

Bitcoin n’a jamais été piraté et n’a fait que s’améliorer, au fil de ses neuf ans d’existence. D’innombrables marchands acceptent Bitcoin, qui est aussi utilisé comme monnaie par défaut par tous les bureaux de change de crypto-monnaies dans le monde. Il existe des dizaines de porte-monnaies Bitcoin, pour toutes plates-formes, et des centaines de start-ups proposant des services autour de Bitcoin, qui est maintenu (dans une logique OpenSource) par des centaines de développeurs. Bitcoin jouit d’un incomparable écosystème, qui ne fait que progresser.

C’est bien ce qui fait son intérêt et sa valeur, et ce qui explique aussi sa première place permanente en terme de capitalisation de marché : depuis sa naissance en 2009, Bitcoin a toujours été la première crypto-monnaie (pesant plus de 150 milliards de dollars à ce jour) et a peu de chance d’être détrôné à court ou moyen terme. La deuxième monnaie, Ethereum, jouissant d’un considérable et inégalé support industriel, pèse toujours moins de la moitié de Bitcoin. Et si un jour une crypto-monnaie remplace Bitcoin à la première place (ce dont je doute), ce ne sera certainement pas une vulgaire copie de Bitcoin créée à la va-vite par quelques opportunistes fortunés.

Il n’y a qu’un Bitcoin, et il s’appelle Bitcoin.

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